Le dernier Nataq

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Informations

75 min


Classement: Général  

Genre: Documentaire, Histoire


Date de sortie au Québec : 7 mai 2021

Réalisateur : Lili Marcotte

Synopsis

Documentaire de Lili Marcotte.

Résumé
En tant qu’auteure et réalisatrice venant de Rouyn Noranda, dans ce documentaire très personnel je cherche à comprendre l'esprit du lieu qui a donné naissance à la poésie de Richard Desjardins. La réalisation d'une murale en son hommage à l’été 2018 devient un prétexte pour rencontrer le poète de Rouyn et revenir aux sources de sa création. 

Proposition documentaire
Richard Desjardins a écrit une œuvre magistrale qui raconte l’exil des premiers hommes qui ont traversé le détroit de Béring pour arriver en terre d’Amérique,les premiers autochtones. Nataq, est la complainte d’une femme qui encourage son homme à risquer la grande traversée, entre la Sibérie et l’Alaska, à la recherche d’un ailleurs meilleur. Nataq est une œuvre douce et cruelle qui porte en elle toutes les histoires d’amour et d’exil. Moi je viens de l’Abitibi, une terre d’exilés. Je viens du pays de Richard Desjardins. Je me suis toujours demandée comment un lieu, comment une ville comme Rouyn-Noranda a pu l’inspirer. Parallèlement, je sens un lien particulier qui m’unit avec le poète de mes terres. 

Dans ce documentaire, je pars à la recherche de l’esprit du lieu où nous sommes nés, afin de mieux comprendre le territoire coulé dans mes veines et dans les siennes. Le fil d'Ariane, sur lequel se construit le documentaire est la réalisation d'une murale dans un viaduc de Rouyn-Noranda, en hommage à la poésie de Richard Desjardins. Le tournage de la réalisation de cette murale m’a permis de rencontrer les principaux acteurs culturels de la capitale mondiale du cuivre. Ça m’a surtout permis de rencontrer Richard Desjardins qui s’est ouvert à moi dans une grande entrevue. Nous avons marché ensemble dans les rues de son enfance. Il m’a partagé ses souvenirs de jeunesse. L’homme engagé m’a reçu chez lui, à son camp et c’est là qu’il s’est livré d’avantage. Il est revenu sur ses films, nous racontant entre autres comment ça été difficile pour lui le ressac de la diffusion de « l’Erreur Boréale ». Vingt ans après ce film coup de poing, il nous partage ses réflexions sur la forêt aujourd’hui et sur les grands enjeux environnementaux. Il nous parle du tournage de "Trou Story" et du « Peuple invisible ». Desjardins n’a pas l’habitude de se livrer autant dans ses entrevues. En fait il est très bavard pour ses causes mais discret quand il s’agit de lui-même. 

J’ai été complètement happée par ce projet de film sur Richard Desjardins et l’esprit du lieu qui a donné naissance à sa poésie, à son engagement et à sa musique. Ma démarche s’associe à celle des 6 femmes muralistes qui se sont penchées sur la carrière du poète afin de mettre en images son œuvre. Quelles ont été les influences du musicien dans la réalité d’une région minière, coupée du reste du Québec mais ouverte sur le monde ? Illustrer la prose et l’imaginaire de Richard Desjardins, c’est essayer de comprendre l’homme derrière une poésie empreinte d’humour, de coup de gueule et d’amour. L’œuvre de Richard Desjardins fait rayonner l’Abitibi-Témiscamingue dans toute la Francophonie. 

Je suis allée rencontrer Jeanne Mance Delisle, une dame de théâtre, une auteure qui a écrit sur le territoire et sur l’Abitibi. Sa pièce la plus marquante, « un Reel ben beau ben triste » révélait la vie des rangs à l’époque de Desjardins. Dans sa petite maison de campagne, elle se livre elle aussi dans une rare entrevue et nous raconte les débuts de la colonisation en Abitibi. J’étais vraiment surprise d’apprendre que Jeanne Mance était jadis, amoureuse de mon père. Elle m'a dit en partant que c'était sa première et dernière grande entrevue. Pourtant, elle aussi est au coeur d'une oeuvre qui parle du territoire. Mais avant tout, il s’agit de connaitre et de comprendre la poésie de Desjardins qui a été imagée par un groupe de 6 femmes muralistes qui ont créé une oeuvre à sa mesure. 

C’est par voie téléphonique qu’elles vont avoir un premier contact avec l’artiste qui habite en France depuis quelques années. La discussion est chaleureuse et tourne autour des anecdotes de Richard, de ses souvenirs en région et de son propre processus de création. Une chose est certaine, il leur laisse carte blanche mais il ne veut pas voir sa face sur le mur! Ça lui ressemble et contrairement à la fresque de Léonard Cohen à Montréal qui représente l’homme, celle de Richard Desjardins s’inspire de son œuvre et de son lien avec le territoire. Afin de mieux connaitre l’histoire de la région, les muralistes se rendent aux bureaux des archives nationales du Québec. À travers les photos qui relatent les débuts de Rouyn-Noranda, la colonisation et le « klondique » abitibien, on comprend mieux l’esprit qui ce dégage de ce lieu unique au Québec. 

En allant faire mes recherches à la BANQ je suis tombée sur les images de François Ruph, un Français débarqué à Rouyn à la fin des années 60. Son regard a embrassé les clichés de la ruée vers l’or. Ses photos qui n’ont jamais été diffusées sur grand écran prennent finalement vie et deviennent les témoins d’un lieu et d’une époque. Pour connaître Desjardins, il faut connaître l'histoire de la ville qui l'a vu naître. 

J'ai rencontré l’historien Benoît Beaudry Gourd et marché avec lui dans les rues de Noranda. Il nous raconte la grève des « fros » qui a inspirée une chanson de Desjardins. Les immigrants sans papiers qui travaillaient à la mine étaient majoritairement issus de l’Europe de l’Est. Fortement influencé par la montée du communisme, leur grève s’est terminée dans un bain de sang au profit des canadiens français qui ont pris leur place pour aller creuser leur propre malheur, dans les tunnels de la mine. C’était la crise économique et pour permettre à des centaines de familles québécoises de survivre, le seul moyen était de venir s’installer au nord du 45ème parallèle afin de cultiver une terre de roche dans un climat austère. 

Félix B. Desfossé, journaliste et spécialiste de l’histoire musicale au Québec nous raconte cet esprit de colonisateur désespéré qui crée une force de caractère. Rouyn était une ville anarchique remplie d’hommes seuls venus chercher l’espoir d’une vie meilleure. Une ville où ça jouait dur! Les bars et les hôtels étaient toujours pleins à craquer et comme dans les films westerns, ça se terminait souvent en bataille. Ces hommes, il fallait les divertir et c’est ainsi que prostituées et musiciens ont trouvé leur pécule. Pendant ce temps, Noranda, la ville de la compagnie minière se développait de manière stricte et structurée. Une vie marquée par les luttes de classes où le riche boss anglais, règne en roi et maître sur le pauvre travailleur immigrant et francophone. 

C’est dans cette atmosphère que Desjardins a puisé l’essence de son œuvre. Les rues où allait jouer Richard, à l’ombre des cheminées de la mine, étaient peuplées d’enfants d’immigrants, de francophones et d’anglophones. Voilà un terrain propice à forger, une ouverture sur le monde! 

Au cours de l’été 2018, les muralistes travaillent sans relâche afin de créer une œuvre qui cherche à faire consensus au sein de la population. Mais les prises de positions de Desjardins pour la sauvegarde de la forêt boréale, le peuple amérindien et ses dénonciations face aux compagnies minières ont polarisées la population. En Abitibi, on vit grâce à l’exploitation du cuivre, de l’or et de la forêt. Desjardins dénonce, critique et surtout questionne une industrie controversée mais qui paye l’hypothèque de bien du monde. Ça prend du courage pour mordre la main qui nous nourrit. 

Je souhaite, dans un jeu de va-et-vient, marier la musique de Desjardins avec les images de la murale qui les représentent et les histoires que me racontent les différents intervenants qui me parlent de la région et de Richard. C'est ainsi, qu'on rencontre Marcel-Yves Bégin, le propriétaire du célèbre Cabaret de la dernière chance. C’est là que Richard s’est produit au début de sa carrière. Les souvenirs de Marcel-Yves s’enchaînent en même temps qu’il nous fait visiter le Cabaret, plaque tournante du milieu des bars et de la culture à Rouyn-Noranda depuis 1982. Assis au comptoir, il nous raconte comment la chanson de Richard, « Le bon gars » lui parle, car lui-même est aux prises avec sa dépendance à l’alcool. Il n’est pas aller jusqu’à rouler son journal pour « câller » l’orignal comme le personnage de Desjardins qui avoue tant qu’à lui, faire du cinéma pour les aveugles dans ses chansons. 

J'ai également rencontré Régent Bérubé, sonorisateur qui a accompagné Richard pendant plus de vingt ans dans ses tournées. Il nous parle de la fidélité, de l’intégrité du musicien et des difficultés qu’il a dû surmonter dans sa carrière. Il est ému par ce qu’il vient de voir dans le viaduc car la murale prend forme. Il reconnaît le scaphandre de la chanson « Tu m’aimes-tu » et voit dans les oiseaux qui s’envolent dans le ciel en feu, la chanson « Liberté ». C’est émouvant car pour lui, c’est plus de 200 fois à entendre cette pièce musicale en fin de spectacle, devant une foule conquise par le poète issu d'une région "heavy métal"! À l'automne 2018, pendant le festival de musique émergente de Rouyn-Noranda, le célèbre FME, on rencontre des musiciens qui ont été marqués par le travail du poète abitibien comme Steeve Jolin, célèbre rappeur de Rouyn. 

La murale est inaugurée à la fin de l’été et Richard la découvre accompagné des muralistes qui sont fières d’avoir passé à travers. C'est aussi toute la population de la ville qui est invitée lors de l'inauguration de la murale. La scène est très touchante au moment où les gens chantent "Liberté" devant les muralistes en larmes et Richard qui se tient à l'écart. Finalement, moi, Richard Desjardins et les muralistes, nous sommes comme des poupées russes qui s'emboîtent naturellement et qui avons notre existence propre, en lien avec l’esprit du lieu. C'est l’œuvre, dans l’œuvre de l’œuvre.


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